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vendredi 12 décembre 2008

Où est ma tong?

Hier matin, à la sortie de la messe, un gamin m'a piqué une tong. Une seule. (on laisse ses souliers dehors avant d'entrer dans la chapelle, comme dans une mosquée). Ça arrive souvent qu'ils me prennent une pompe, à moi ou à un autre adulte, et qu'ils la déplacent; ça les fait rire de nous voire chercher deux minutes. Mais hier matin, je ne l'ai pas retrouvée. Ça m'a un peu agacé. Mais surtout ce « vol » était la suite d'une longue série dont la victime exclusive avait été jusqu'à présent mon co-volontaire. La liste de ses effets qui ont disparu est d'une longueur assez impressionnante...

Mais ce qui m'a vraiment énervé hier, c'est que je l'ai dit à Hiro, le directeur du foyer, qu'on m'avait piqué une tong, et, comme pour les fois précédentes, il n'a pas tellement réagit. Non pas que je sois très attaché à mes pompes, mais laisser faire impunément des voleurs ne me semble pas hyper pédagogique.

Au début des vols, je ne disais pas grand chose, puisque je n'en étais pas la victime. Mais mon co-volontaire, lui non plus ne réagissait pas tellement. C'est quand même gênant, je trouve, de subir sans rien faire. Donc je suis allé voir le père Henri. Je ne suis pas très partisan de parler des problèmes du foyer avec lui, parce qu'à chaque fois il veut régler le problème. Ça part d'un bon sentiment, mais il complique toujours tout. En plus ça donne à Hiro l'impression que je le « saute » dans la hiérarchie. Dans un pays dans lequel les relations hiérarchiques sont très rigides, cela passe pour un manque de respect, voire de l'humiliation. Et en aucun cas je ne voulais lui faire perdre la face. Mais enfin, comme personne ne réagissait, j'ai pensé que c'était mon devoir de le faire.

Je suis donc allé voire le père Henri et je lui ai expliqué la situation. J'ai pas insisté sur le fait que mon co-volontaire ne réagit pas, pour ne pas compliquer l'histoire. D'après lui, les enfants volent parce qu'ils n'ont pas la même notion de propriété privée qu'en occident: chez vous, ce qui est à vous est à vous et ce qui est au voisin est au voisin. Chez moi, ce qui est à moi est un peu à la communauté, et ce qui est à la communauté est donc aussi un peu à moi. C'est pour ça, par exemple, que l'on peut « piquer » une paire de ciseaux ou des vêtements en toute bonne foi, sans le moindre scrupule et sans que la « victime » ne s'offusque outre mesure . Mais je ne crois pas qu'ils volent dans ce cadre des objets dont ils n'ont aucune utilité: une méthode d'indonésien, par exemple. Les vols qu'ils ont fait à mon co-volontaire – et ma tong! - avaient donc un autre mobile, très probablement plus sombre...

Le père Henri a donc téléphoné à Hiro pour lui demander de réagir plus vivement, ce qu'il a fait: le soir même il annonçait aux enfants que tant que la tong ne serait pas rendue, on ne mangerait plus de poisson. Scandale dans l'assemblée. Il n'empêche: ce soir j'ai retrouvé mon bien et, en prime, j'ai eu droit à des excuses du criminel. Il m' a expliqué avoir piqué ma tong parce que il y a 3-4 mois je l'avais engueulé assez vivement: avec un pote il faisait un concours de pets pendant la messe et m'envoyait ballader quand j'avais l'odace de lui demander, à défaut de cesser, au moins repporter son jeu si passionnant à la fin de l'eucharistie... 

Quelles conclusions tires-je de cette affaire:

  • 1- Ne pas réagir est la meilleur chose à faire pour encourager les voleurs à persévérer.
  • 2- Attendre que les indonésiens se bougent équivaut pratiquement à la solution 1.

  • 3- Prendre des résolutions fermes aide à trouver le coupable vite.

  • 4- Être naïf ou angélique est anti-productif et anti-éducatif.

  • 5- Heureusement que j'étais là pour crever l'abcès: mon co-volontaire aurait probablement continué à déprimer sans réagir...

  • 6- Vouloir être efficace est délicat si l'on ne veut pas froisser la susceptibilité des indonésiens.   

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