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jeudi 9 octobre 2008

Déjà trois mois

Il y a deux mois je publiai un message dans lequel je montrai ma surprise quant à la vitesse du temps écoulé; le premier mois avait duré comme trois jours. Et ce premier mois, c'était hier!

Afin de m'aider à tirer le maximum de l'expérience vécue, les MEP me demandent de leur envoyer régulièrement un rapport sur le déroulement de ma mission. Celui-ci est susceptible d'être publié et est donc plutôt sous la forme d'un article. Je viens de le rédiger, alors je vous en fait part:

Déjà trois mois que je suis arrivé en Indonésie pour mener à bien une mission confiée par les MEP: Faire la comptabilité d'un foyer pour garçons, et être éducateur et animateur auprès de ces derniers. Trois mois, c'est l'échéance proposée pour donner une première analyse de ce que l'on vit. Trois mois, c'est long, un quart de la mission – déjà!!! -, mais en même temps c'est très court; j'ai l'impression d'être parti hier. Probablement, la rentrée scolaire en France va-t-elle me faire un peu prendre conscience de la distance qui s'est créée.

Mais en trois mois, j'ai déjà eu le temps de vivre beaucoup de belles expériences: formation linguistique à Jogja, mariage javanais, retraite MEP, rentrée scolaire au foyer, visite d'un bidon-ville, nombreuses et belles rencontres, premières amitiés nouées, découverte d'un pays et d'une culture qui m'étaient totalement étrangers.


Au bout de trois mois, j'ai pris conscience que la mission que l'on m'a confiée n'est pas aisée.

La barrière de la langue, d'abord.

Si la formation de trois semaines me donne un bagage suffisant pour me débrouiller dans les conversations courantes, cela ne va pas beaucoup plus loin. C'est assez frustrant de sentir la possibilité d'un bel échange s'envoler à cause d'un vocabulaire inconnu. Mais c'est motivant, aussi, pour travailler. Arriverais-je à quelque chose de consistant avant de rentrer en France?

La distance culturelle, ensuite.

Si j'ai déjà voyagé et suis un peu conscient que la planète entière ne mange pas de Camembert tous les jours (les pauvres!), je commence à réaliser concrètement que des différences culturelles que l'on estime modestes quand l'on reste quelques semaines dans un pays peuvent devenir nettement plus pénibles sur une longue période: moiteur du climat, beuglement des muezzins dès 4h15 le matin, nourriture, confort... chacun de ces éléments de la vie quotidienne devient un effort. Mais si c'est inconfortable, c'est aussi bon, car cela permet de décentrer le regard de son nombril pour prendre du recul et savoir finalement ce qui reste d'essentiel.

La mission enfin.

C'est peut être le plus difficile. Non pas que le foyer dont je m'occupe soit fréquenté par des voyous et de futurs mafieux. Au contraire, et contrairement au tableau que l'on m'a fait, je trouve les 48 jeunes pensionnaires plutôt attachants. Enfin, pour le moment. Mais ce qui est difficile, c'est que ma mission est de les élever droitement et chrétiennement. Et ça, ça me semble être une mission impossible. Je peux peut-être tenter de leur faire prendre un peu conscience que Dieu les aime, et que l'aimer en retour rend profondément heureux. Je peux aussi leur dire que c'est important de travailler à l'école, que c'est mal de voler ou de mentir... Mais en un an, je ne pourrai probablement pas aller beaucoup plus loin...


Mais une mission facile, ce ne serai plus une mission, ce serait des vacances. Les difficultés rencontrées – qu'il faut aussi relativiser; il y a des coins bien plus difficiles - sont un bon moyen de me secouer, de voire de quoi je suis capable et de mieux me connaître. Et ça, c'est très positif!

Par ailleurs, les joies de cette mission sont nombreuses. Elles aident très largement à surmonter les difficultés, et même bien plus encore.

Joie des enfants tout d'abord.

Celles de leurs rires, de leurs cris, de leurs jeux, des blagues. Et s'ils ne sont pas parfait, je trouve ces jeunes, globalement, plutôt plus responsables et autonomes que ceux du même âge en France. Ils ont bien meilleur esprit, obéissent plus facilement, et, s'ils ne travaillent pas toujours beaucoup, ils sont tout de même plutôt moins paresseux que les collégiens français (bon, c'est vrai, c'est pas très difficile).

Joies des rencontres.

C'est touchant de rencontrer des gens qui se donnent réellement du mal pour bien recevoir, et c'est beau de voire qu'ils sont touchés par nos gestes de d'amitié. De belles rencontres, souvent très simples mais profondes avec des personnes que rien ne m'aurait permis de rencontrer en dehors de cette mission. L'autre fois, je suis allé dans un bidonville dans lequel vivent essentiellement des chrétiens. J'ai été touché que ces gens, qui n'ont pourtant rien, me reçoivent, moi, le blanc, l'occidental, le riche, comme un frère, c'est-à-dire d'une façon simple mais très digne, sans complexe, mais avec un réel amour. Ça se sentait: ils voyaient d'abord en moi un frère, plutôt qu'un riche blanc. Grâce à eux, en quelques minutes de conversation, mon regard à changé: je ne les ai plus vu d'abord comme des pauvres pour lesquels il faut avoir pitié (ce qu'il faut pourtant aussi probablement), mais comme des frères à aimer. C'est bouleversant de réussir à convertir son regard.

Joie du Christ et de l'Église.

Soyons honnête, ce n'est pas en Indonésie que je serai touché par le témoignage d'une Église martyre, ou par l'exemple de chrétiens édifiants. Mais tout de même, des rencontres avec tel séminariste à Jogja, telle religieuse de Batam ou cette belle semaine de retraite dans le cadre enchanteur d'un monastère de Trappistines sont des expériences qui restent dans un coin du coeur comme un sourire du Seigneur.

Joies de l'Indonésie.

L'Indonésie est un pays magnifique, et les indonésiens des gens charmants. Certes, c'est un des pays les plus corrompus du monde et -d'après le Père Henri – ce sont des gros hypocrites et des menteurs. Néanmoins, ils sont attachants par leur simplicité, leurs sourires, leurs archaïsmes.

Joie de rencontrer d'autres volontaires et des missionnaires.

C'est une joie à laquelle je ne m'attendais pas, ou, en tout cas, pas tant que cela. Les volontaires sont vraiment des gens bien. (Hein, j'ai raison, non?) C'est vivifiant de les rencontrer, de les écouter parler de leurs missions, de leurs joies et de leur difficultés. On y descelle souvent dans leur vie une petite trace de l'Amour de Dieu, c'est beau!

Et que dire des missionnaires si ce n'est qu'ils sont vraiment vecteurs de la bonne nouvelle?



Cédric de la Serre, volontaire MEP à Tanjung Pinang (Indonésie)

Blog: chroniqueindonesienne.blogspot.com

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